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Interview : Ben Popp, "regarder la société et les gens pour voir comment ils vont"

parue sur musiciens.biz



Interview : Ben Popp, "regarder la société et les gens pour voir comment ils vont"
Tu nous avais habitués à un rythme de sortie de cds quasi-annuel, or il s’est écoulé plus de deux ans depuis « Sur du vent », avant que ton dernier album « Empreintes digitales » ne voie le jour. Qu’as-tu à dire pour ta défense ?

J'étais un peu lassé de sortir des brouillons. C'est ce qu'on est un peu obligé de faire quand on bosse seul, ou presque, avec des budgets liliputiens. C'est pas mon métier non plus, le son c'est un vrai métier qui demande un talent (la subjectivité de l'oreille), un savoir faire. Je bossais depuis 2004 avec Michel Gullo, j'étais bien content du travail qu'il faisait, pour l'implication que je lui demandais avec un budget dérisoire. On en revient toujours au même problème : pour qu'un disque sonne, il faut de l'argent. Et ne parlons pas de l'argent qu'il faut pour le faire connaître. Il faut les moyens d'une industrie que je n'ai pas. J'ai juste pris le temps de monter un projet sérieux.

Ce qui frappe de prime abord, c’est la qualité de réalisation de cet album. A quoi est-elle due ? Nouveaux moyens ? Nouvelle équipe technique ?

Elle est due au talent des musiciens qui m'accompagnent et de celui qui a fait le son et a joué le rôle de producteur artistique, Christian Morfin. C'est quelqu'un de brillant dans son domaine. Comme les autres acteurs du disque, le batteur (Le 7ième rêveur, batteur d'Ames de Construction Massive, le pianiste Richard Vecchi, les guitaristes Christian Pruneau et Pierre Walther qui sont dans mon groupe de scène, Eric et Jacques Parmantier de Malin Plaisir et notre cadette, Sidonie Richard, notre bassiste. Tous ont été extraordinaires.

On découvre également une palette vocale, ainsi que le traitement de la voix, beaucoup plus variés qu’auparavant. Avais-tu la volonté d’interpréter différemment tes chansons ?

J'ai toujours traité chaque chanson selon sa spécificité, essayé de la rendre différente des autres. Ça n'a pas changé. Peut-être que cette impression que tu as vient de conditions techniques optimales, du guidage de Christian derrière la console et du vrai son qu'il a fait sur la voix. Peut-être aussi de mes exigences plus poussées que pour une simple maquette faite à la maison.

Cet album sonne très groupe, presque live. Est-ce dû à l’apport de nouveaux musiciens ou bien la mise à l'écart des machines ?

C'est rendu au mixage, et puis c'est le talent de chacun de jouer en phase avec les autres. Tout a été pourtant enregistré instrument par instrument.

On parle souvent pour un artiste d’album « de la maturité ». C’est l’impression qu’on retire à l’écoute d’ « Empreintes digitales ». Penses-tu avoir franchi un cap avec ce cd?

Aux yeux des gens oui. Il leur est difficile de passer au-dessus d'un mauvais son pour voir ce qu'il y a derrière. Même s'il y a un fond, si la mise en forme est baclée, pas alignée sur ce qu'il se fait de bon, ça va paraître mauvais. Moi, je ne le vois pas plus mûr au niveau de l'écriture que, par exemple, « Sans mobile apparent » que j'ai sorti en 1998. Il n'y a pas les mêmes moyens ni les mêmes exigences. Avec des moyens professionnels et la même équipe, cet album vieux de douze ans paraîtrait tout aussi mûr.

Le joues-tu déjà sur scène ?

La moitié pratiquement, le reste on le pioche dans des titres sortis entre 2004 et 2007.

Ta carrière semble prendre un tournant depuis que tu es sur Lyon. Plus de scènes, un superbe album… il y a un micro climat ici ?

Le public répond plus présent, si je compare avec le sud où je sentais un marasme pour la découverte musicale. Les gens sont chaleureux à Lyon, on le voit après les concerts, on vient te parler simplement et gentiment de ce qui a touché, de ce qu'on a ressenti. Ça te booste le moral cette communication. On forme une super équipe avec mes musiciens, c'est une aventure humaine. C'est peut-être le principal. Venir à Lyon, ça m'a rapproché de quelqu'un avec qui ça avait fait tilt dès le premier arpège de guitare que je lui ai entendu jouer. C'était sur le premier album de Romain Lateltin, vers 2004. J'ai bondi sur le livret du cd pour m'apercevoir que c'était Christian Morfin qui jouait. Je me suis dit qu'il avait tout compris. Le bon goût, juste les notes qu'il fallait. Je n'imaginais pas alors avoir la chance d'enregistrer avec lui.

Tu es auteur, compositeur et interprète. Est-ce difficile d’imposer ses choix quand on apporte déjà tout un univers ?

Je n'impose rien, je m'entoure de personnes en qui j'ai confiance, dont le talent correspond à ce que je recherche. Il faut que ça colle. S'ils s'adaptent à mon univers bien déterminé qui a ses exigences, ça fonctionne.
Le dernier mot reste cependant le mien.

Pourquoi avoir choisi « Empreintes digitales » comme titre de l'album ?

Un auteur a toujours un peu le nez en l'air à humer les tendances, à regarder la société et les gens pour voir comment ils vont. C'est une éponge. L'empreinte digitale est au centre de nombreux débats actuellement. Que ce soient les tests ADN et l'identité, Big Brother qui peut relever nos traces sur la toile et sur nos disques durs. J'aime bien laisser le sens ouvert. J'aime bien la polysémie. Un enregistrement numérique, c'est aussi une empreinte digitale.
Je voulais aussi manifester que la création est nourrie inconsciemment de tout plein de petites choses glanées ci et là, qui nous imprègnent qu'on le veuille ou non et qui laissent leur empreinte.
J'ai revendiqué dès l'écriture certaines influences pour dire : « elle vient de là ma musique ! ». Du cinéma d'auteur (avec « le mépris » d'après Godard qui est un hommage direct), de la littérature (avec « une bouteille à la mer » qui développe l'idée d'un auteur qui m'a imprégné, Romain Gary), du rock qui m'a nourri (« sexe drogue ou rock'n roll » avec le choix de départ de rendre hommage à Ian Dury, à Substitute, Submission, Steppin' stone et autres Clash City Rockers mais avec de la distance et l'humour de celui que les poseurs amusent.)

Eric
Samedi 13 Mars 2010



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