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Empreintes digitales, deux chroniques sur musiciens.biz

Ben Popp, empreintes digitales : deux chroniques
Deux chroniqueurs s'attaquent à "empreintes digitales", Eric , puis Pierre Darmon



Empreintes digitales, deux chroniques sur musiciens.biz
Une chronique d'Eric (janvier 2010)

Deux ans… Il aura donc fallu attendre 2 ans avant de retrouver Ben Popp sur nos platines. Le Stakhanov de l’autoproduction, l’artiste le plus prolifique de la scène alternative ne nous avait pas habitués à un tel silence. On se perdait alors en conjectures… Avait-il décidé de se « retirer de la vie musicale » comme d’autres de la politique en avril 2002 ? De quitter la société moderne pour vivre en ermite dans sa campagne ardéchoise ? D’entrer dans les ordres ? On était sur le point de lancer un avis de recherche lorsqu’on nous annonça la sortie de son dernier album : « Empreintes digitales » qui nous rassura totalement : Ben Popp était là, bien là même, et de quelle manière !

Doit-on parler de « dernier » album d’ailleurs ou de « véritable premier » opus ? On retrouve peu ou prou le même nombre conséquent de chansons (quatorze), la même veine créatrice, la variété de styles habituelle (rock, reggae, chanson, country), l’ironie mordante et familière, la poésie coutumière des textes. Alors, quoi de neuf Docteur ? Rien… et tout.

Car dès le premier titre, on perçoit immédiatement le changement : De « vrais » instruments, joués par de vrais humains, un son d’ensemble parfaitement équilibré, des arrangements subtils et efficaces… Que s’est-il donc passé ? Après une longue enquête, nos fins limiers ont retrouvé le coupable : Christian Morfin, arrangeur, producteur, musicien et ingénieur du son qui réussit à magnifier magistralement les compositions du néo-lyonnais.

Est-ce à dire que les précédents albums relevaient plus de la démo comme qualifiés sur son site ? Certes non, mais plus minimalistes certainement (à l’exception peut-être de « Septembre », co-réalisé par Silerêves). On sent que pour « Empreintes digitales », Ben Popp a pris tout son temps et mis les moyens nécessaires à peaufiner la production.

Les chansons, au style incomparable, sont toujours là, mais elles prennent une toute autre ampleur grâce aux nouveaux musiciens tout d’abord, au son et aux arrangements bien sûr, mais aussi à l’interprétation et au traitement de la voix beaucoup plus variés qu’à l’accoutumée.
Le terme « d’album de la maturité » est parfois galvaudé. Il prend tout son sens ici, tant l’on sent que l’artiste a franchi une étape significative dans sa carrière. Ce n’est peut-être pas un hasard d’ailleurs, puisqu’il a quitté sa nature ardéchoise pour rejoindre la capitale des Gaules et tourne régulièrement avec sa nouvelle équipe depuis.

On ne peut que conseiller d’acquérir « Empreintes digitales ». A ceux qui suivent Ben Popp tout d’abord, car ils seront bluffés par la qualité du travail tout en retrouvant sa « patte » familière, et à ceux qui ne le connaitraient pas encore car cet album va inévitablement devenir un incontournable de l’autoproduction française.



Chronique discographique signée Pierre Darmon (février 2010)
Empreintes digitales de Ben Popp


La chanson, cette chose si bizarre et si simple, qui peut cristalliser la vie, la fondre en trois minutes, un refrain et quelques paroles sur une mélodie, détient parfois le pouvoir mystérieux de nous transformer. Pourtant, force est de constater que c’est comme la sauce mayonnaise : ça prend ou ça prend pas. Ce que l’on attend d’un « chanteur », c’est justement qu’il fasse entendre sa voix, c’est-à-dire que celle-ci nous parle avec ce qu’elle a d’irréductible, de subjectif, de plus intime. Franchissant la vitre bleutée d’Empreintes digitales, la voix de Ben Popp, toute en suavité et retenue, s’élève d’emblée dans toute sa singularité.

Ce qui fait la qualité première des chansons de Ben, c’est leur immédiateté. Ses chansons, si créatives et ouvertes, s’imposent comme évidentes. Elles coulent de source et on se plaît à s’enivrer de ces fleurs tout au long de cet album empli d’une maturité féconde et légère. Maturité : celle d’un artiste qui creuse inlassablement son sillon, enfant de Rimbaud et des Beatles.

Féconde : par l’ampleur des thèmes abordés, bien qu’on ait le sentiment qu’avec lui le moindre détail peut être le moteur d’une chanson. Légère enfin, car il y a ici un ton fait de nuances toutes en demi-teintes qui signifie : « je vous dis beaucoup plus que ce que je vous chante là ». Ben alterne les cuissons : feu vif, feu doux ou feu moyen ! Il excelle en effet dans la ballade post-moderne d’une fluidité exemplaire dans « Une bouteille à la mer », « Complètement à l’ouest » ou « Le syndrome de Stockholm ». À la manière des Oulipiens qui par collage refont l’histoire du Livre, Ben s’amuse à détourner les clichés « Les voyages forment la jeunesse », « les bons comptes font les bons amis », citations qui ici forgent toujours du « nouveau ». Le sens est en mouvement. Derrière la maîtrise parfaite d’écriture, c’est la chanson elle-même qui est mise à la question ! « Si comme moi vous êtes une pipelette » ose-t-il dire dans « Les Chanteurs à textes », lui si remarquable dans son économie de moyens, si peu « bavard ». Bien qu’il soit véritablement, lui, un chanteur à textes : quelqu’un qui soulève les jupes du langage, accole, rimaille et polit les paroles jusqu’à ce qu’elles aient l’éclat du diamant noir serti dans son indissociable mélodie. Complicité, détournements et évidents clins d’œil « Sexe, drogue ou rock and roll ».

Encore une fois, Ben dit beaucoup avec très peu de mots. Et il en a à dire le Ben Popp ! Sur la « capote » et le pape ( irrésistible « sortir couvert » et son mur du son), l’Irak (« le rêve américain ») ou les rêveries luxueuses de bohèmes parisiennes (« Un petit vélo dans la tête »). Ben aborde aussi les « grands » sujets : l’Amour (« Angélique et diabolique », « le mépris ») « sentiment trouble et obscur », et l’Homme, dans « Ce chassé croisé », à l’instar d’un fameux bronze de Giacometti. Une mine de perles fines forgées par un moissonneur des lilas. Mention spéciale à la production « top moumoute » : jeu flamboyant, un régal de guitares ondulantes, cristallines ou tranchantes, de claviers aériens et de pianos voluptueux, servi par une puissante rythmique basse/batterie. Un écrin de velours.

Un disque tout simplement lumineux et éclairant. Empreintes digitales est l’élégante signature bleutée d’un Grand.
Jeudi 4 Mars 2010



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